Discours G. Fraser

Graham Fraser Commissaire aux langues officielles

Allocution au congrès «Ça bouge! Le troisième âge en mouvement!»

Association des universités du troisième âge francophone en Amérique
Sudbury, Ontario

13 juin 2007

Mesdames et messieurs, bonjour.

J’aimerais d’abord remercier madame Aubin, présidente de l’Université du troisième âge de Sudbury, de m’avoir invité à venir vous rencontrer. C’est toujours un plaisir de revenir à Sudbury et plus encore de rencontrer des francophones de partout sur le continent.

Certains d’entre vous ne sont peut-être pas familiers avec mes fonctions. Soulignons simplement que le mandat du commissaire, énoncé dans la Loi sur les langues officielles, consiste à veiller au respect et à la mise en œuvre intégrale de la Loi, à protéger les droits linguistiques de la population canadienne ainsi qu’à promouvoir la dualité linguistique et le bilinguisme au pays.

J’ai entrepris ce nouveau défi personnel il y a quelques mois, après une carrière comme auteur et journaliste à l’emploi de publication anglophones, mais j’ai aussi écrit pour des publications francophones. Comme journaliste, j’ai décidé très tôt que je désirais passer ma vie à apprendre des choses par mon métier, pour pouvoir ensuite les raconter aux autres. Comme nouveau commissaire, il me semblait donc important de visiter des communautés francophones et acadiennes d’un bout à l’autre du pays.

J’ai été frappé par les différentes façons dont s’exprime la vitalité de chacune de ces communautés. En Colombie-Britannique, j’ai discuté avec un agent de développement économique de l‘essor des entreprises touristiques par les entrepreneurs francophones. En Saskatchewan, on m’a parlé de la collaboration étroite entre l’institut français de l’Université de Regina et la fonction publique fédérale, de même du développement d’un concept de « village urbain » pour rendre la communauté plus visible. Ici à Sudbury, j’ai vu la différence que peut faire pour toute la communauté des institutions comme le Collège Boréal et l’Université Laurentienne. À Toronto, j’ai rencontré des représentants d’organismes qui reflètent la transformation démographique d’une nouvelle francophonie à la rencontre de nouveaux défis. Au Québec, on m’a parlé des efforts de la communauté pour redéfinir sa place au sein d’une société qui s’est beaucoup transformée en deux générations. En Acadie, j’ai refait connaissance avec le dynamisme de la culture acadienne et la richesse de son histoire.

Le message que je transmets est simple : l’anglais et le français sont des langues canadiennes. Il est vrai que près de 150 langues sont parlées au Canada, incluant les langues autochtones bien avant l’arrivée des Européens. Néanmoins, c’est par nos deux langues officielles que se poursuit le dialogue à l’échelle nationale.

La Loi sur les langues officielles est d’abord une question de respect. Respect pour notre héritage et pour les fonctionnaires fédéraux qui ont le droit de travailler dans la langue de leur choix. Mais surtout, le respect du public canadien, qui dans bien des régions du pays, est en droit de recevoir les services du gouvernement fédéral dans la langue officielle de son choix.

C’est souvent à l’âge de la retraite que l’on se rend compte à quel point il est important que les services soient disponibles dans les deux langues. Après avoir contribué pendant quarante ou cinquante ans à la caisse de l’assurance santé, on arrive à un âge où on fait appel à ces services publics plus souvent. On commence à profiter du régime de pension plutôt que d’y contribuer. Le droit à des services dans sa langue devient alors une question intensément personnelle, parfois quotidienne.

J’ai moi-même vécu en milieu minoritaire, à Québec et à Montréal, avec mon épouse et mes fils. J’ai constaté qu’avec l’âge, on se soucie davantage de recevoir des soins dans sa langue ou lorsqu’il s’agit de questions financières.

C’est pourquoi je ne suis pas surpris de voir un si grand nombre de personnes à la retraite investir tant d’énergie dans la défense de leurs droits linguistiques. Pourquoi pas? Vous avez l’énergie, vous avez le temps, le savoir-faire, l’expérience.

Je trouve intéressant de voir émerger ce « leadership du savoir » au sein des communautés francophones et acadiennes. Je pense notamment aux deux grandes figures de proue du mouvement S.O.S. Montfort. Lors de leur lutte pour sauver le seul hôpital d’enseignement francophone de l’Ontario, madame Gisèle Lalonde et le sénateur Jean-Robert Gauthier se sont mérités le respect de toute la population ontarienne. Peut-être plus important, leur action sert d’exemple pour la jeunesse francophone de l’Ontario, qui aura sans nul doute ses propres défis à relever.

J’approche moi-même l’âge où l’on dit de moi que « j’ai encore quelque chose à contribuer à la société. » Au contraire, je ne fais que commencer! On pardonnera aux jeunes de ne pas avoir saisi cela.

Il faut dire que le concept de la retraite a bien changé au cours des dernières décennies. Les retraités sont plus jeunes et ils sont souvent beaucoup plus en santé que jadis. Notre génération des baby-boomers, pour qui tout a toujours été possible, entre maintenant dans un univers où le temps devient relatif. Moins pressés, moins stressés, mais toujours aussi passionnés, les retraités d’aujourd’hui ont des projets plein la tête. Ils ont aussi le souvenir des victoires remportées de chaude lutte et ne tiennent rien pour acquis.

Je vous invite donc à faire profiter la francophonie de votre savoir, de vos connaissances et de votre énergie. Cela peut s’accomplir de diverses façons. Laissez-moi vous en proposer trois.

On le sait, tous n’ont pas eu le loisir de fréquenter les bancs de l’école très longtemps avant leur arrivée sur le marché du travail. Surtout ici dans le Nord-est de l’Ontario, cela a permis de construire une société où il fait bon vivre, mais où beaucoup de gens à la retraite ont du mal à lire et à écrire.

Comme journaliste et auteur, je suis bien placé pour dire à quel point savoir lire et écrire peut enrichir une vie. Le taux d’analphabétisme dans certaines des communautés francophones en milieu minoritaire est une tragédie à laquelle il est possible de mettre fin. Prendre le temps de faire découvrir la langue française à une personne qui a besoin d’assistance est un magnifique geste de générosité et de civisme. Les gens qui parmi vous habitent Sudbury ont d’ailleurs la chance de pouvoir être appuyés par des organismes d’alphabétisation reconnu, le Centre FORA et le Centre Alpha-Culturel.

Vous pouvez également vous engager au sein du réseau d’organismes voués à la défense et la promotion du fait français. De tels organismes existent sous diverses formes tant au Québec qu’ailleurs au Canada et aux Etats-Unis.

La plupart ont un besoin urgent de bénévoles qui sont en mesure d’apporter une grande variété de talents et qui ont du temps à consacrer à la gestion d’un organisme et la réalisation d’activités. Les exemples de tels organismes où les aînés ont pris leur place ne manque pas : aide aux devoirs pour les élèves, accueil et intégration des immigrants, et ainsi de suite. Si vous préférez vous retrouver dans le feu de l’action, vous pouvez aussi vous engager dans les organismes qui défendent le fait français, par exemple, votre ACFO régionale ou l’Assemblée des francophones de l’Ontario.

Ma dernière suggestion est un peu plus personnelle. En un mot, j’ai besoin de vous.

Ma mission comme commissaire aux langues officielles est de faire respecter les droits linguistiques de tous les Canadiens et Canadiennes et ce, dans toutes les régions du pays. Or, les ressources de mon bureau sont limitées. Par exemple, mon bureau à Sudbury compte un grand total d’une employée – Mireille, lève la main, que les gens puissent te voir.

Les institutions fédérales qui sont soumises à la Loi sur les langues officielles sont généralement peu empressées à me faire part de leurs manquements à la Loi. Mon efficacité comme commissaire aux langues officielles dépend donc en partie de la participation de citoyens et de citoyennes engagés qui tiennent à faire respecter leurs droits linguistiques.

Si les services en français sont déficients ou inexistants lorsque vous voyagez à bord d’Air Canada ou de Via Rail, lorsque vous vous présentez à un comptoir postal ou lorsque vous communiquez avec un bureau fédéral qui a l’obligation d’offrir des services dans les deux langues officielles, pourquoi ne pas contacter le bureau du commissariat près de chez vous? Vous en trouverez les coordonnées dans le dépliant disponible sur la table de documentation.

Votre contribution nous serait précieuse puisque bien qu’il me soit possible d’engager moi-même des enquêtes et des études, les démarches issues des plaintes et commentaires du public demeurent une part essentielle de mon travail. Plus une institution fédérale est visée par les plaintes, plus le Commissariat peut mettre de la pression et faire des recommandations musclées pour forcer l’institution à modifier ses pratiques. Cela peut être long, je vous l’accorde, mais c’est à force de taper sur le même clou que l’on finit par l’enfoncer jusqu’au fond.

Il y a probablement des fonctionnaires autour de vous : votre partenaire, vos enfants, vos amis. Vous savez donc que la fonction publique fédérale, principal employeur de la région, a encore de la difficulté à créer un environnement de travail favorable à la langue française. Certaines institutions fédérales se débrouillent bien à ce chapitre, mais il y en a d’autres qui progressent à pas de tortue. Cela ne vous donne-t-il pas envie d’écrire une fois de temps en temps à votre député, à un ministre, au premier ministre?

Et pendant que vous tenez la plume, pourquoi ne pas faire connaître votre opinion sur la place du français au Canada par l’entremise du courrier des lecteurs de votre quotidien local? C’est l’occasion de mettre vos talents de rédacteur ou de rédactrice à contribution.

Vous pouvez faire bouger les choses en misant sur vos connaissances, votre expertise, votre volonté collective, votre réseau. Les retraités sont en train de devenir une force incontournable, avec laquelle il faudra de plus en plus compter à l’avenir. Je pense que vous pouvez nous aider à faire progresser le dossier linguistique. Faites-le pour vous, pour vos enfants et pour vos petits-enfants.

Merci de votre attention.

Association des universités du troisième âge francophone en Amérique
Sudbury, 13 juin 2007